Qui est Khaled Drareni ?

Le 18 mars 2024, à l’occasion de la Semaine de la presse, Selma Dahmani, Youcef El Hussein Faraoun et Soukaïna Fiat, membres de l'Étincelle Liadoise, ont été invités à faire la rencontre de Khaled Drareni, journaliste depuis 2006, et à l’heure actuelle représentant de l'ONG Reporters sans frontières pour l'Afrique du Nord.

Vous ne le connaissez pas ? Découvrez-le à travers cet échange que Selma, Youcef et Soukaina ont eu avec lui !

Bonne lecture !

 

SELMA : Je pense que l’on peut commencer l'interview !

Étant lycéens actuellement, je me disais que la meilleure question pour commencer serait probablement de vous demander s'il est utile d’avoir une formation pour devenir journaliste.

 

KHALED DRARENI : A-t-on besoin d’une formation en journalisme ? C’est une bonne question, car moi je n’ai pas fait d’école de journalisme.

 

SELMA : J’ai l’impression que la majorité des journalistes disent cela !

 

KHALED DRARENI : C’est vrai ? Bon, une anecdote dit que les plus grands journalistes n’ont pas fait d’études DE journalisme. Je ne parle pas de moi, mais plutôt d’anciens directeurs du matin à El Watan, de grands anciens. 

J’ai fait des études de droit et de sciences politiques. Je ne voulais pas être journaliste. Je voulais être militaire, après policier, et finalement j’ai choisi ce métier par pur hasard. J’ai vu un journal qui s’appelle La Tribune, et donc j’ai commencé à être journaliste à La Tribune, en 2006. Je suis arrivé dans ce métier, et voilà que cela  dure depuis 18 ans.

Et ce qui est bien, c’est que, personnellement, j’ai commencé dans la presse écrite, qui est la meilleure école du journalisme, celle où on apprend à écrire, à structurer un article, (comment) à informer les gens, contrairement à ceux qui commencent directement à la télévision ou à la radio. 

Je n’ai pas fait d’études de journalisme mais c’est un peu le journalisme qui m’a formé.

 

SELMA : Et donc après la presse écrite, vers quoi vous êtes-vous dirigé exactement ?

 

KHALED DRARENI : Dans le journalisme ?

 

SELMA : Oui.

 

KHALED DRARENI : Quand j’ai commencé dans la presse écrite, j’étais dans l’actualité internationale, parce que cela me marquait énormément, d’écrire sur l’international, sur tout ce qui se passe dans notre région, au Moyen-Orient, en Arabie Saoudite, etc. C’était un peu mon domaine de prédilection, jusqu’à maintenant. 

Cela m'intéresse beaucoup, mais quand on veut vraiment se lancer dans le journalisme, il faut commencer par ce qu’on appelle “la rubrique des chiens écrasés”. C’est une manière de parler. Cela veut dire qu’on commence en bas de l'échelle, on couvre tout ce qu’il y a dans la rue, des accidents, des faits divers : tout ce qui se passe dans l’actualité locale.

 

SELMA : Et ensuite on monte ? 

 

KHALED DRARENI : Ensuite on monte. Et on termine par chroniqueur ou éditorialiste. C’est quoi un éditorialiste ? Dans un journal, il y a toujours l'éditorial. L’éditorial, c’est la chronique qui est écrite par, généralement, le.a rédacteur.trice en chef, ou pas, qui dit ce que pense le journal sur une information particulière. Et moi j’étais fier d’en avoir écrit. Car, tu vois, quand tu lis un éditorial sur un sujet en particulier, tu vas comprendre ce que le journal pense sur ce sujet particulier.

Généralement, chez les journalistes, ce sont ceux en fin de carrière, qui ont des années derrière eux, qui les écrivent.

 

SELMA : Merci de l’avoir expliqué, parce que je me demandais pourquoi, par exemple, des gens comme Eric Zemmour, étaient présentés, à une époque, à la télévision, comme des journalistes, alors qu’ils ont toujours fait la même chose, et maintenant on les présente comme éditorialistes. Ainsi, je comprends un peu mieux. Ensuite, vous êtes-vous dirigé vers la radio ou la télé ? 

 

KHALED DRARENI : Alors, moi, ce qui est bien c’est que j’ai un peu eu un processus idéal dans la presse. J’ai commencé dans la presse écrite, je suis passé à la radio, et ensuite à la télévision. Pourquoi je dis “processus idéal” ? Parce que les journalistes rêvent de faire de la télé. Ils veulent apparaître à l’écran, présenter, etc. Et ce qui est malheureux, c’est qu’il y a beaucoup de journalistes qui font des bonds en sortant de l’université : ils passent directement à la télé, sans vraiment savoir écrire, sans savoir vraiment faire du vrai journalisme, sans avoir fait les couvertures, etc. 

Moi, je n’ai pas brûlé les étapes. J’ai commencé par la presse écrite, puis en 2008 je suis passé à la radio. J'ai débuté à la Radio publique, Algérie Internationale, j’y suis resté deux ans. Puis je suis passé à la Radio Chaine 3, qui est la première radio francophone du pays. Et cela, tout en restant dans la presse écrite, donc en même temps j’ai fait presse écrite-radio. Puis je suis passé à la télé, sur Canal Algérie. Et en 2012, j’ai tout quitté pour le privé : une nouvelle chaîne de télé venait d’être créée, Djazair TV, j’ai donc rejoint cette chaîne.

 

YOUCEF : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes comme nous, qui veulent se spécialiser dans le journalisme en Algérie ? 

 

KHALED DRARENI : D’accord, alors premièrement, une question. Est-ce que vous avez tous et toutes vos questions écrites ?

 

SELMA,YOUCEF, SOUKAINA : Oui!

 

KHALED DRARENI : Il faut toujours bien préparer ses questions ! Parce que moi, par exemple, quand je présentais les journaux de la radio, mon directeur de l’époque me disait : “Khaled, tu dois même écrire ‘Bonjour’. Tu écris tout, du ‘Bonjour’ à l'‘Au revoir’, pour éviter de bafouiller, ou de ne pas te retrouver dans tes notes.” 

Il faut toujours être prêt. Et je vous donne un conseil, si vous devenez un jour journaliste : quand on fait des interviews, il faut toujours préparer les questions, et les écrire, pour avoir toujours le temps de tout poser et de tout préparer.

Maintenant, mes conseils pour ces jeunes : 

D’abord, il faut aimer ce métier. Si on est curieux, c’est qu’on a déjà un peu de journalisme dans le sang. Moi je suis très curieux, donc je pense que j’étais destiné à faire ce métier. Il faut ressentir ce devoir d’informer les gens. Moi je ressens ce devoir de donner l’information la plus juste, la plus crédible et la plus vérifiée possible. Faire ce métier, c’est croire en son métier, car cela peut procurer un plaisir, de communiquer une vérité, d’aider à transmettre des préoccupations. Par exemple, les victimes d’injustice, tu as toujours le journalisme pour être à leurs côtés. 

 

SELMA : Je peux peut-être vous poser une question sur la liberté de la presse : on sait très bien que dans énormément de pays la situation est compliquée, mais est-ce que maintenant vous avez peur de nouveaux dangers ? Récemment, en France, Bolloré a été auditionné à l’Assemblée nationale. Vous faites partie de Reporters Sans Frontière (RSF). Ce sont eux qui ont amené la question devant le Conseil d’Etat, et donc qui ont demandé à CNEWS d'apporter plus de variété sur leur chaîne. Bolloré devait s’en expliquer devant eux. Donc, j’ai l’impression qu’à présent, on a de plus en plus de dangers différents, en dehors de l’Etat qui vient directement réprimer la presse. 

 

KHALED DRARENI : Oui, c’est vrai. Parce que dans d’autres pays, disons les pays développés, les pays démocratiques, effectivement le danger vient plutôt des privés que du public. Dans le cadre que tu as cité, de la France, la RSF a mené une campagne contre Bolloré. D’ailleurs, nous avons fait un super reportage vidéo, qui s’appelle Le Système B, B comme Bolloré. Le Système B analyse le rapport de Bolloré vis-à-vis des médias et des journaux. Il a racheté Canal +, il a même racheté des journaux, comme Libération, etc. Et il ne laisse pas les journalistes travailler librement, de manière indépendante. Donc on dénonce cela, le manque de pluralisme politique sur CNEWS. RSF a saisi les instances exprès, pour faire en sorte qu’il y en ait beaucoup plus. 

 

SELMA : Et puis, il me semble que vous travaillez à TV5 Monde.

 

KHALED DRARENI : J’ai travaillé. J’ai été pendant des années le correspondant de TV5 Monde. Qui est une chaîne qui appartient à… quel pays ? 

 

SELMA : C’est une bonne question. Est-ce que c’est français ?

 

KHALED DRARENI : C'est une chaîne francophone. 

 

SOUKAINA : Belge, non ? 

 

KHALED DRARENI : C’est une chaîne française, suisse, canadienne et belge. Quatre pays sont actionnaires sur cette chaîne. Donc on dit que c’est une chaîne francophone internationale.  

 

SELMA : Je pensais que cela dépendait de la destination de la chaîne. 

À présent, il me semble, il y a peut-être deux mois, que le journaliste Mohamed Kaci, a reçu des pressions par rapport à son interview d’un général israélien.

 

KHALED DRARENI : Exactement, Mohamed Kaci, qui est un collègue et ami, a interviewé le porte-parole de l’armée israélienne, Olivier Rafowicz. Il lui a posé de bonnes questions et a été sanctionné par sa chaîne, TV5 Monde, qui a fait un communiqué pour dire que “ce n’est pas comme cela qu’on fait des interviews”. Ils l’ont un peu humilié. Donc nous, ses collègues, on s’est tous solidarisés, et on l’a soutenu, pleinement, pour qu’il ne soit pas sanctionné. Tout ceci s’est passé en novembre, et récemment, l’autorité de régulation des communications en France, l’ARCEP, a réagi pour dire que “non, l’interview s’est très bien passée”, que le journaliste n’a pas outrepassé ses prérogatives, l’autorité de régulation a jugé qu’il a bien fait son travail et elle nous a donné raison. Donc, c’est cela la force des journalistes, de toujours être solidaires avec leurs confrères !

 

YOUCEF : Quel rôle pensez-vous que les médias jouent dans la promotion des démocraties en Algérie ?

 

KHALED DRARENI : Je pense que c’est vraiment le rôle des médias de promouvoir la démocratie. C’est aux médias de signaler tout ce qui ne va pas dans un pays, de signaler les abus, que ce soit les abus de pouvoir, les abus d’autorité, tous les abus, d’où qu’ils viennent, des autorités ou pas. C’est le rôle des médias de révéler la vérité, les injustices, de transmettre la véritable information. Et donc, en faisant tout cela, les médias contribuent à renforcer l’Etat de droit de la démocratie en Algérie, les médias ont un rôle incroyable dans ce processus. Maintenant, malheureusement, il n’est pas tout le temps rempli. 

 

SELMA : Est-ce que vous considérez que, s’il est pas toujours rempli, ce n’est qu’à cause des pressions extérieures, ou est-ce également dû à un manque de volonté peut-être ? 

 

KHALED DRARENI : Plus d’un manque de volonté, mais cela dépend. Tu as le manque de volonté politique, quand il s’agit des médias publiques. Et quand il s‘agit des médias privés, parfois l'appât du gain, de l’argent, et des intérêts économiques ou financiers sont au-dessus de l'intérêt public et de l'intérêt général. Or, le rôle du journaliste, et du journalisme de manière générale, est vraiment de chercher l'intérêt général, contre l'intérêt privé, en particulier. C’est d’ailleurs ce qui en fait un métier vraiment noble. 

 

YOUCEF : Comment les citoyens peuvent-ils soutenir et protéger les libertés de la presse aujourd’hui ? 

 

KHALED DRARENI : Je pense que nous avons tous les moyens de protéger la liberté de la presse. C’est déjà respecter les médias, respecter le journaliste, contribuer à faire vivre ce métier : en achetant des journaux, en souscrivant à des abonnements, car la crise économique est passée par là. Et c’est très compliqué pour les médias, aujourd’hui, de pouvoir vivre et de pouvoir survivre. Donc chaque citoyen a une responsabilité pour faire vivre un média. Ne serait-ce qu’acheter un journal, regarder la télé, écouter la radio, parce que cela reste les médias classiques, qui sont les vrais médias d’information aujourd’hui. Ils sont plus sérieux, plus crédibles que les réseaux sociaux. Donc ils continuent d’avoir une responsabilité et une importance. Et je pense alors que chaque citoyen a un rôle à jouer pour protéger les médias, pour protéger le journalisme, et pour protéger la liberté de la presse. 

 

SELMA : Je ne sais pas si vous faites le même constat, mais mes parents m’en avaient parlé : nous avons l’impression que maintenant les gens s'intéressent beaucoup moins à la presse écrite qu’avant. Apparemment, avant, chacun achetait son journal, alors qu'aujourd'hui c’est beaucoup moins le cas.

 

KHALED DRARENI : C’est vrai, la presse écrite est vraiment en danger en Algérie et dans le reste du monde. Peut-être moins en Algérie, parce que contrairement aux pays européens qui ont vraiment réussi leur transition numérique, cela a peu été notre cas. Alors il reste toujours les journaux papiers, la presse écrite que les gens achètent, mais le chiffre est en baisse malheureusement. Et les jeunes n'achètent pas de journaux, il ne reste que les vieux pour acheter des journaux. Et comme il y a de moins en moins de vieux, il y a de moins en moins de presse écrite. C’est vrai que la presse écrite est en voie de disparition. Et je pense que c’est ce format qu’on doit continuer à préserver absolument. 

 

SOUKAÏNA : Quel article avez-vous préféré écrire ? 

 

KHALED DRARENI : J’ai écrit beaucoup d’articles. Peut-être que les meilleurs articles que j’ai écrits étaient mes reportages, quand je faisais des voyages à l’étranger. J’ai fait un reportage sur l'élection présidentielle américaine en 2008, quand Obama a été élu président des Etats-Unis. J’ai bien aimé ce reportage. J’ai fait un long reportage aussi, sur la guerre du Liban, en 2006. Puis un reportage sur un voyage en Russie, en 2008. Je pense qu’il s’agit des meilleurs reportages que j’ai faits. 

 

SOUKAINA : Et les pires articles ? Lesquels avez-vous le moins aimé écrire ? 

 

KHALED DRARENI : Les pires ? Je ne pense pas qu’il y en ait eu des pires. Je ne vais pas dire que j’ai écrit de mauvais articles, peut-être qu’il y a eu des articles moins intéressants que d’autres dans tous les cas. Mais, hamdoullah, je pense ne pas avoir écrit de “pires articles”.

 

SELMA : Mais n’y a-t-il pas eu d’articles désagréables à écrire ? 

 

KHALED DRARENI : Cela dépend de notre intérêt pour le sujet ou des contraintes qu’impose le rédacteur en chef. C’est possible d’écrire des articles et que cela nous soit désagréable. C’est très possible.

 

SOUKAINA :  Auriez-vous un mot à faire passer aux lycéens ? Par exemple à nous, membre d’un journal en ligne, et pour ceux qui aimeraient s’orienter dans le journalisme à la sortie du bac. En phase Parcoursup, auriez-vous des recommandations pour les orienter ? 

 

KHALED DRARENI : Je pense que cela reste un métier, aujourd’hui, très intéressant, qui, quelle que soit la situation, a de l’avenir. On ne peut pas vivre sans médias, on ne peut pas vivre sans journalisme, même si c’est parfois un métier impopulaire. 

Parfois on insulte les journalistes, on insulte les médias, on les traite de tous les noms, “menteurs, fake news, arnaqueurs”, etc. Mais en réalité, on a chacun un lien avec la presse. On lit un article, on regarde la télé, on a une info, on a toujours un lien quotidien avec l’information de manière générale. Moi je conseille à ceux qui se considèrent comme curieux et qui considèrent qu'ils aimeraient faire ce métier, de quand même tenter l’expérience. 

 

SOUKAINA : Est-ce que vous auriez trois mots pour vous décrire ? 

 

KHALED DRARENI : Pour décrire ma profession, ou moi de manière générale ? 

 

SOUKAINA : De manière générale si vous voulez. 

 

KHALED DRARENI : Curieux, jaloux, et… Généreux. J’aime me jeter des fleurs, haha ! 

 

SOUKAINA : Est-ce que vous pourriez nous décrire une journée typique de journaliste ? 

 

KHALED DRARENI : Cela dépend de la branche dans laquelle on travaille. Prenons l’exemple de la presse écrite, c’est plus parlant. 

Dans la presse écrite, les journées commencent tard : 9h, 10h, 11h. Parce que généralement les réunions de rédaction sont entre 10h et 11h, et là, on indique aux journalistes s’il y a des couvertures à faire à l'extérieur. Donc le journaliste prend son chauffeur, ou prend son carnet, part faire la couverture, et rentre pour rédiger son article. Quand il finit sa rédaction, il doit la passer au rédacteur en chef, qui va la vérifier, puis il passe à la correction. Vers la fin de journée, c’est ce qu’on appelle “le bouclage”, il consiste à rassembler tous les articles, en faisant la mise en page et en rajoutant des photos. 

C’est cela  la journée typique d’un journaliste de la presse écrite. La journée commence tard et elle se termine tard. 

 

SOUKAINA : Et à la télévision ? 

 

KHALED DRARENI : C’est différent. Les réunions, en général à la télévision ou à la radio, se font le matin tôt. Bien sûr, le matin, c’est les couvertures, de 9h à 10h, partout dans Alger, dans les différentes wilayas, il y a des conférences de presse, des réunions, des rédactions. Donc les gens s’y rendent. Quand c’est à la télé, tu prends ton cameraman avec toi, ton chauffeur, puis tu y vas. Et quand tu rentres, tu fais ton traitement d’images. Généralement, dans certains médias, tu as des monteurs qui te font ton montage. Dans certains médias, comme les médias publics, le journaliste fait son propre montage. A Canal Algérie, nous avions un système qui s’appelait le Clip Edit, et nous faisions nous-même notre propre montage de sujet télé. Voilà, on le fait, on le balance, et on rentre chez nous. 

 

SELMA : Encore un conseil pour les lycéens : comment choisir nos sources, et comment s’informer en général ? Qu’est-ce qui est fiable, pour ne pas tomber dans des fake news, ou des informations partielles ? 

 

KHALED DRARENI : C’est très important le travail de vérification de l’information. En fait, c’est le travail le plus important qu’on doit faire quand on est journaliste. 

C’est un travail de vérification, pour ne pas tomber dans le piège et communiquer de fausses informations. Généralement, nous, les journalistes, c'est le moment où on recoupe l’information, où on vérifie notre source. Généralement, pour être sûr, on vérifie toujours deux ou trois fois.

Mais pour vous, lecteurs, auditeurs, spectateurs, vous êtes confrontés à beaucoup de fakes news qui viennent de partout, et il vous faut donc aussi procéder à un travail de vérification. Comment sait-on qu’une information est vraie ou fausse ? Il faut vérifier la source de l’information. Si c’est Le Monde, tu peux être sûr que c’est quasiment vrai. Si c’est un site dont on ne connaît pas le nom, cela nécessite de se poser des questions, et de faire toujours vérifier sur les réseaux sociaux ou sur google. Si vous tombez, par exemple, sur la photo d’une manifestation dans une ville, il peut s’agir d’une photo qui date d’il y a trois ans. Imaginez, si vous la republiez en étant certain que c’est une photo d’aujourd’hui. Si c’est une photo d’une manifestation dans une ville, essayez d'appeler quelqu’un qui habite la ville ou appelez quelqu’un qui connait des gens dans cette ville. Essayez d’identifier les bonnes personnes qui peuvent vous aider à trouver la bonne information. 

 

YOUCEF :  Et avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, les journalistes ne sont-ils pas plus tentés d’utiliser l’intelligence artificielle ?

 

KHALED DRARENI : C’est un danger. Nous à la RSF, on essaie de canaliser cette tendance de l’utilisation de l'intelligence artificielle, qui parfois peut remplacer les journalistes. A notre époque, cela  n’existait pas. Je suis persuadé qu’il y a encore des gens qui peuvent même écrire des articles journalistiques en se basant sur l’intelligence artificielle. Or, cela peut fausser beaucoup de choses : l’information, la réalité de la perception qu’un humain peut avoir…

 

SELMA : Enfin, je vais poser une question, plus pour moi, mais utile, car je fais partie de la radio du lycée.

 

KHALED DRARENI : C’est bien. Elle s’appelle comment la radio du lycée ? 

 

SELMA : Alors, on a pas encore choisi de nom (maintenant si, je crois?), on a le nom de chaque émission. On a sorti un épisode avec le Club Egalité. Notre émission s’appelle Enti, et on a fait un épisode sur le harcèlement de rue. Donc, est-ce que vous auriez des conseils pour tous les lycéens qui font partie de cette radio-là, et qui vont sortir leur épisode dans peu de temps ? 

 

KHALED DRARENI : Oui, j’aurais un conseil. D’abord, moi, j’ai fait beaucoup de radio, j’adore cela, c’est un des métiers les plus magiques. Parce que, avant même qu’il y ait des podcasts, tout le monde te connaissait sans te connaitre : les gens connaissent ta voix, mais ne connaissent pas ton visage. Donc ce mystère de la radio, est un mystère très important qui est très intéressant. Et la radio est un moyen de communication très important. Il reste des milliers de gens dans le monde, qui sont très radio, qui en sont très proches, et qui continuent à l’écouter. Et la radio cela peut être vraiment une bonne entrée en la matière pour être journaliste. C’est vraiment la radio qui s’est occupée de former les grands journalistes que l’on connaît aujourd’hui, parce que cela reste un moyen de transmettre l’info, dans les familles, dans les maisons, dans les voitures, sur les portables, etc. Donc moi, je conseille aux élèves de ne pas hésiter un seul instant à faire de la radio, à transmettre plein de choses, qu’ils aient des voix radiophoniques ou pas. Nous, à la radio, on disait que certains avaient des voix radiophoniques et d’autres pas. Tous les trois, vous avez tous des voix radiophoniques, ça va.

 

SELMA : Vous trouvez ? Mais c’est vrai que quand je vous ai entendu, vous m’avez fait penser à Badia Haddad.  

 

KHALED DRARENI : C’est une collègue oui, elle a une très belle voix. 

 

SELMA : Et en fait, en tant qu’auditeur, on a l’impression que le ou la journaliste a cette voix uniquement quand elle parle à la radio. Et on se rend compte que non, pas du tout, c’est constant !

 

KHALED DRARENI :  C’est vrai, tu as raison. Dans les médias algériens et arabes, certains présentateurs surjouent leur voix quand ils présentent les infos, ils prennent une voix qui n’est pas du tout la leur dans la vraie vie.

 

SELMA : En fait, cela donne un effet un peu comique, moins sérieux que cela voudrait l’être. 

 

KHALED DRARENI : Exactement.

 

SOUKAINA, SELMA, YOUCEF : Merci d’avoir répondu à nos questions.

 

KHALED DRARENI : Merci beaucoup à vous.

 

     Nous remercions encore une fois Khaled Drareni pour cet échange plus qu’enrichissant. Cela a permis de rappeler le rôle central des journalistes afin de fournir des informations fiables dans une société où les formes et les sources de l'information se diversifient de plus en plus, notamment à travers les réseaux sociaux, rendant de plus en plus important le risque lié aux fake news. Le métier de journaliste est un métier qui fait sens particulièrement à l'heure actuelle et qui peut représenter un beau débouché peu importe votre centre d'intérêt.

 

- Selma DAHMANI, Soukaïna FIAT, Youcef FARAOUN -